1 an après les Jeux de Paris : l'interview de Jean-Manuel Tizzoni

Article publié le 05/08/2025
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L’entraîneur de l’équipe de France féminine, Jean-Manuel Tizzoni, est revenu à son tour sur son expérience des Jeux de Paris avec notamment la médaille de Lisa Barbelin et toute l’ambiance qui régnait dans l’arène. 

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 © KMSP et World Archery

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  • 1 an après les JO, quel regard portes-tu sur la compétition que vous avez vécue ? 

    Que c’était très dur. On a eu de la joie bien évidemment parce qu’on a eu une médaille avec Lisa et les garçons. Mais si je mets tout sur le plan des filles, je dirais que ça a été une compétition difficile dans le sens où on a commencé la compétition en prenant une raclée vite fait bien fait en 10 minutes, on est ressortis en ayant pris 6-0 alors qu’on était plutôt attendus. Ça ne mettait pas de suite une bonne ambiance. Ensuite il a fallu attendre des jours et des jours pour remonter un peu la pente, qu’ils y aient les matchs individuels, qu’il y ait une certaine réussite, que Lisa progresse dans les tableaux de matchs pour que ça déconditionne un peu tout ça. Et puis forcément, quand 2 jours avant la fin des épreuves, Lisa fait une médaille, là forcément c’est l’euphorie et c’est sympa. Mais avant c’était très compliqué. Même si ça n’enlève en rien à la joie de la médaille, un an après, on se souvient un peu de ça quand même. 

  • Est-ce que justement ça ne rajoute pas une saveur particulière d’avoir démarré dans la difficulté pour conclure en apothéose sur cette médaille ? 

    Je ne sais pas… Je ne le vois pas comme ça parce que j’en espérais plusieurs. Je voulais que l’équipe réussisse. Sur le plan individuel, on pensait vraiment qu’il y avait moyen de faire quelque chose. J’aurais voulu que ce soit les deux, c’est pour ça que c’était quand même un peu amer. 

  • Comment l’as-tu vécu de l’intérieur, au niveau des émotions, par quelles étapes es-tu passé ? 

    Ça n’était pas simple sur les qualifications. On a déjà vécu ça. Pas du tout simple sur le match par équipe, du coup après très compliqué car il y a la suite des Jeux mais l’ambiance forcément ça se détériore un petit peu. Quand un groupe réussi tout va bien, quand un groupe réussit moins bien, ça va un peu moins bien dans le groupe. Non pas que les filles se détestaient ou quoique ce soit mais c’est difficile de cohabiter avec des garçons qui ont réussi, des filles qui ont raté, mais il faut quand même garder un mood très positif parce que rien n’est fini. On se bagarre là-dessus mais il n’empêche que c’est compliqué. Du coup, mon état d’esprit… Disons qu’au début, tu te dis que les Jeux c’est nul (rires). Et ça n’empêche pas de se bagarrer. Et après, oui, c’est génial. C’est un peu les montagnes russes. 

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© World Archery

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  • Dirais-tu que c’est la compétition la plus stressante de ta vie ? 

    Oui, je pense, parce que c’était sur notre territoire donc il était hors de question de ne pas réussir. Ça a été le cas au début donc c’était la fin du monde. Quand t’es dans une situation comme ça et qu’il faut remettre un peu de fraîcheur, et faire en sorte que ça revienne, qu’on puisse être compétitif un minimum, je pense que oui, on peut dire que c’était la plus dure. Car c’était celle qu’il fallait surtout réussir. 

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© World Archery

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  • Lisa a sauté dans tes bras quand elle a décroché cette médaille. Peux-tu revenir sur cette image ? 

    Sur la demi-finale, c’était la Coréenne Suhyeon Nam, on savait que c’était compliqué. Lisa a fait ce qu’elle a pu. On savait que Jeon Hunyoung pour la petite finale, c’était un peu plus prenable. Il y avait plus de marge on va dire. On arrive dans l’arène avec vraiment la foi que c’est possible. Lisa n’a rien lâché et puis elle s’est retrouvée sur cette dernière flèche. Il fallait faire 10 pour conclure. Là elle est partie, et elle a fait cette flèche qui est magnifique. On avait décompté parce qu’elle prenait son temps, elle laissait passer un peu le vent. On savait qu’elle devait tirer à 12 secondes maximum donc on n’était pas stressé vis-à-vis du temps, c’était convenu comme ça. On a fait le petit décompte, elle a tiré sa flèche sans vraiment se poser de question, ce qui est l’une de ses qualités, et il s’est trouvé que c’était un 10. En bas à droite, je me souviens, elle avait un peu réglé entre les deux parce qu’elle avait fait deux 9 à droite. Et ça a marché. Après, c’est la grande joie, forcément c’est génial parce qu’elle gagne, elle explose remplie d’émotions. Forcément ça communique ça. C’est limite, tu ne te rends pas compte, tu es encore dans ton truc et c’est que quelques temps après que tu te dis « wahou ». 

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  • T’attendais-tu à une telle effervescence ? 

    Je m’attendais à ce qu’il y ait du monde, mais c’est vrai qu’on n’a jamais vécu cette ambiance. Déjà la plus grande arène qu’on n’ait jamais faite. A domicile en plus. Mais je ne pensais pas que les gens étaient fous comme ça (rires). Du coup c’était super car ça faisait des vibrations sur le sol. C’est vrai que c’était de la folie. Surtout les 1ers matchs. On te prévient, « attention, c’est grosse ambiance sur les sites ». Tu as beau être prévenu, tant que tu ne l’as pas vécu… Quand tu rentres là-dedans, c’est dingue. Et après, tu y prends plaisir et tu t’y habitues donc ça va. C’était fabuleux. C’est un peu frustrant car tu te dis : « comment on va revivre un truc comme ça ? ». Ce qui risque d’être compliqué voire impossible. 

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  • Là, avec du recul, se dire que tu as remporté une médaille aux JO, c’est un peu le graal pour une carrière d’entraîneur ?

    Je ne le vois pas trop comme ça parce que, pour moi, les vrais entraîneurs, ils en gagnent plein des médailles aux Jeux. Du moins, j’ai pu en côtoyer certains, ici, à l’INSEP et dans d’autres réunions qu’on a pu faire et pour moi, être un grand entraîneur, c’est d’en gagner plusieurs donc je suis un petit entraîneur qui en a gagné qu’une. Ça n’est pas fini, je ne le vois pas comme ça en tout cas.
     

  • Dans 20 ans, quand tu devras raconter ces Jeux à ta famille, que leur diras-tu ? 

    Je dirai que c’était super. Je n’arrive pas à me projeter dans 20 ans mais je pense que j’en serai très content. Il y aura peut-être d’autres trucs après. Peut-être qu’en 2028 on va réaliser des choses sympas et donc j’aurais Paris, plus d’autres choses, enfin j’espère… 

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